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Paroles de migrants, Bintou

Bintou

Avec un père Ouolof et une mère Peule, ou encore un père Sénégalais et une mère Guinéenne, Bintou, née en 1979, est confiée rapidement à sa grand-mère maternelle en Guinée. Cette dernière, alors que Bintou a tout juste 3 ans, prend l’initiative de la faire exciser.

Son père, non consulté ni prévenu, est naturellement furieux, récupère sa fille et Bintou peut alors faire des études au Sénégal, apprendre le français, et se marier sans aucune contrainte, à 26 ans, avec un cousin. Bintou bénéficie alors d’une certaine autonomie en gérant un petit commerce croisé entre le Sénégal et la France, faisant de nombreux aller et retour entre Paris et Dakar. Elle donne naissance à 3 enfants, deux garçons et une fille, et tout semble aller pour le mieux jusqu’au jour où la tradition la rattrape, le jour où sa belle-mère décide de faire exciser sa petite fille, 7 ans.

Bintou s’y oppose aussitôt. Son mari, lui, n’ose pas s’opposer à sa mère. Bintou se révolte alors, fait une demande de visa pour ses trois enfants et, évoquant des vacances, décide de fuir en France. Son mari achète même les billets d’avion tandis que la belle-mère, furieuse, « lui donne une autre femme ».

Bintou, avec ses 3 enfants, débarque donc à Paris en 2019, demande aussitôt l’asile et loge provisoirement chez un oncle de son père, puis chez des amis avant de connaître le lot commun des migrants, ballotée avec ses enfants entre foyers, centres d’accueil provisoires, refuges du 115 …

Ofpra, OFII, Cada, Cafda, Caritas, Emmaüs, CNDA, Huda, et bien d’autres acronymes n’ont plus de secrets pour elle, ni les différents lieux d’hébergement, entre le centre Cousteau Porte de la Villette, le Centre de la Bastille, l’entassement dans les tentes de Rosa Parks Porte d’Aubervilliers, les expulsions de la police …

Bintou et ses enfants sont finalement casés dans le Huda Bourg-la-Reine. Elle est logée dans une chambre d’un pavillon d’Antony partagé avec trois autres familles, puis, victime du Covid, atterrit enfin dans un petit appartement insalubre de Châtenay-Malabry.

En février 2021, sa demande de droit d’asile lui est refusée mais est accordée à sa fille, au motif de son risque d’excision en Guinée. Une bonne nouvelle quand même, Bintou a alors droit à un titre de séjour comme parent d’enfant mineur réfugiée … une bonne nouvelle qui devient pourtant une galère pour la famille : l’allocation de demandeur d’asile est suspendue, et Bintou est prévenue qu’elle devra quitter le HUDA réservé aux demandeurs d’asile.

Bintou n’obtiendra qu’un an plus tard son titre de séjour malgré l’appui du Défenseur des droits : un an à se débattre pour obtenir des rendez-vous avec la Préfecture et fournir les papiers demandés qui devaient être établis en Guinée. Entre temps, en septembre 2021, Bintou a obtenue enfin un récépissé qui lui permet de travailler : elle ne tarde pas à trouver quelques heures de travail chaque semaine comme aide à domicile, un premier pas vers l’intégration qu’elle saisit à la volée, et finit par obtenir 3 contrats en CDI chez des particuliers. Une aubaine, car, sans carte de séjour, aucune prestation sociale ne lui est accordée pour ses 3 enfants. Fin mars 2022, elle reçoit enfin son titre de séjour, mais la vie ne lui épargne aucun répit. S’en suivent des avis d’expulsion à répétition …

La route vers l’intégration est encore longue. Heureusement, la sortie du tunnel se précise début juin 2022, lorsqu’elle peut intégrer un logement Solibail pour une durée maximum deux ans, profitant enfin d’un peu de stabilité pour elle et ses enfants.

Juin 2022

 

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Paroles de migrants, Diallo

Diallo

Diallo, jeune femme de l’ethnie Peule, née en Guinée Conakry, avait quelques atouts en main, mais cela ne suffisait pas pour lutter contre le poids des traditions. Fille d’un commerçant relativement aisé de Conakry, elle avait pu suivre des études, à l’école coranique tout d’abord puis dans une école privée jusqu’au bac, et avait obtenue un diplôme de maîtrise appliquée à la gestion.  Elle était alors soutenue, moralement et financièrement, par son père, son seul confident.

C’était le côté « bonnes cartes », mais le soutien de son père n’est pas suffisant pour s’opposer à la « famille », une grande fratrie de 17 enfants où les garçons bénéficient naturellement d’une grande liberté mais où les filles subissent la loi des gardiennes de la tradition, des grand-mères, tantes, épouses diverses.

Diallo avait été excisée à 8 ans par ses tantes et sa mère, mariée de force à 17 ans avec un fils de la sœur aînée de son père, lequel n’a pas son mot à dire dans ces histoires de femmes. Elle donne naissance peu de temps après à une fille mais ne peut exercer aucun véritable rôle de mère, tenu par ses tantes et sa grand-mère. Cette grand-mère décide de l’excision de la petite fille, âgée de 6 ans, sans même en informer Diallo.

Diallo tente alors de se révolter avec le peu de moyens dont elle dispose. Elle quitte son travail et se consacre avec l’association « Oser Innover » à l’information et le soutien des femmes victimes de toutes sortes de violence. Face à ces initiatives, son mari, qui l’accuse de saper son autorité et les lois de la tradition, redouble de violence. Toute discussion avec lui est inutile, et toute plainte auprès de la police génératrice de nouveaux coups.

Pendant cette période, Diallo donne naissance à deux autres enfants, un garçon et une fille, et c’est quand sa famille décide de faire exciser cette deuxième fille, âgée de 5 ans, que Diallo, qui a elle-même subi cette mutilation et ses conséquences, se révolte vraiment et décide de rompre tout lien avec sa famille.

Grâce à l’appui financier d’un oncle installé aux Etats-Unis, elle déménage avec ses trois enfants chez une cousine, à Boké, une ville sur la côte au nord de Conakry. Menacée par sa famille, en août 2019, Diallo doit s’enfuir avec un passeur vers la Guinée Bissau, à moto sur les pistes détrempées par la mousson, ne pouvant serrer dans ses bras que la plus jeune de ses filles. Elle restera 3 mois en Guinée Bissau, chez un ami de son oncle, le temps de préparer le grand voyage pour la France. Toujours aidée financièrement par son oncle des Etats-Unis, elle peut se faire établir des faux papiers, prendre un avion avec sa fille et se retrouve un beau jour d’octobre 2019 sur un trottoir, devant l’aéroport de Roissy, sa petite fille à la main, sans aucun contact, avec peu d’argent, mais quand même un atout précieux : elle parle parfaitement français, ce qui lui permet, après quelques conseils glanés devant l’aéroport, après s’être rapidement initiée à la notion d’adresse et au nom de rues, une pratique largement inconnue à Conakry, de prendre  le métro toute seule et  se retrouver devant un foyer d’Emmaüs où il faut toute la bienveillance du gardien de nuit pour l’autoriser à y passer une première nuit.

Vont suivre alors de longs mois de galère, passant de foyers en abris provisoires, des jours à dormir au chaud dans les bus, dans les métros, des menaces d’expulsion vers le Portugal puisqu’elle est arrivée sans le savoir avec de faux papiers portugais, l’ancienne puissance coloniale de la Guinée Bissau.

Aidées par les uns, chassées par les autres, Diallo et sa fille finissent, le 16 janvier 2020 précisément, à obtenir une chambre au Huda (Hébergement d’Urgence pour demandeurs d’asile) de Bourg-la-Reine.

Elle peut enfin se consacrer à la régularisation de son statut, avec l’aide de l’Ofpra, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Heureusement, pourrait-on dire, le confinement alors en vigueur entraîne un ralentissement général de toute démarche administrative et Diallo peut même consacrer un peu de temps libre à traîner dans quelques gares parisiennes pour aider bénévolement ses semblables, les migrants venant d’arriver, reconnaissables à leurs yeux un peu perdus. Par hasard, Diallo retrouve alors une de ses nombreuses sœurs, qu’elle ne connaissait pas, et qui vivait en France depuis 15 ans. Si elle ne peut loger chez cette sœur pour des raisons pratiques, cette rencontre imprévue lui permet au moins de faire état d’une famille en France et, quelques mois et démarches supplémentaires après, en octobre 2020, elle obtient enfin, ainsi que sa fille, la protection internationale avec une autorisation de séjour de 10 ans.

L’avenir s’éclaircit enfin. Sa fille a commencé une scolarité normale, la mairie lui a trouvé un logement grâce à l’association Caritas, elle peut se nourrir grâce aux restos du cœur et accompagnée par l’ADS qui l’encourage à se diriger vers le métier dont elle a toujours rêvé, trouve une formation « technicien et systèmes » correspondant à son expérience précédente.

Un nouvel obstacle, jusqu’alors peu sensible, se manifeste pourtant. Diallo se sent un peu mise à l’écart par ses professeurs, parfois par les autres étudiants. « On » lui fait sentir que sa couleur de peau, son foulard de musulmane, pourtant discret, et même son niveau de français, qu’elle parle depuis plus d’une vingtaine d’années, que tous ces éléments la destine plutôt à une carrière de technicienne de surface, de femme de ménage, plutôt que de technicienne de télécom …

Diallo ne baissera pas les bras, elle signera son CDI de technicienne télécoms en juin 2022. Elle n’a pas fini de se battre… pour se loger dignement et accueillir enfin ses deux autres enfants qu’elle sait en souffrance.

Mai 2022

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3,5 ans de soutien par ADS, Irma témoigne, Janvier 2019 – Juillet 2022

Le soutien par ADS c’est … être là, simplement, et redonner confiance.

Certains changements de vie sont un peu brutaux. Irma peut en témoigner.

Vivant en Centrafrique, employée par un centre missionnaire américain, Irma vit une existence paisible avec ses enfants quand elle est invitée en France pour le mariage de sa sœur. Il s’agit pour elle d’une occasion de vacances et c’est même son employeur qui lui offre le voyage…

Hélas, son avion ne s’est pas encore posé à Paris, en 2012, qu’un coup d’état, un de plus, balaye le président centrafricain François Bozizé. Plus qu’un simple coup d’état, c’est en fait une véritable guerre civile qui débute, les missionnaires américains préfèrent plier bagages, conseillant à Irma de ne pas rentrer immédiatement, et quittent le pays après avoir quand même mis ses enfants en sécurité au Cameroun.

En trois jours, comme dans un cauchemar, Irma, salariée en Centrafrique est devenue une réfugiée en France, bénéficiant grâce à l’OFII, Office Français de l’Immigration et de l’Intégration, d’une carte de séjour provisoire.

Le provisoire va durer. Irma, recueillie par sa cousine, enchaîne alors petits boulots, formations  diverses et fait régulièrement renouveler sa carte de séjour.

En 2017, victime d’une pathologie chronique elle se retrouve à l’hôpital Foch, puis dans un centre de rééducation pour retrouver sa mobilité avant qu’une assistante sociale lui trouve une place au CHRS Auxilia, le Centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Bourg la Reine, partenaire d’ADS.

Les malheurs d’Irma ne sont pas terminés. Au cours de l’hiver, elle fait une mauvaise chute sur une plaque de glace, se blesse au genou et fait son retour à l’hôpital. De cette époque, Irma se souvient surtout d’une fatigue continuelle, elle est revenue boitillant à Auxilia, enchaîne quelques missions de ménage chez des particuliers et compense ses malheurs par une boulimie qui, naturellement, accroit son poids, et sa fatigue.

C’est à ce moment qu’elle entend parler d’ADS, qui gère déjà quelques activités dans ce centre : yoga, dessin, sophrologie. En savoir plus…

Les permanences de l’ADS

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ADS vous reçoit sur RDV et sur deux lieux :
-à l’Espace Dolto.
114 Avenue du Général Leclerc, Bourg-la-Reine,
Tous les mardis matin ou les premiers, troisième et cinquième samedi de chaque mois.
Pour prendre RDV tel 06 11 91 04 99 ou par mail ads.blr92340@gmail.com

-Au Centre Social et Culturel des Blagis –
Permanence « aide aux démarches -écrivain public »
2 rue du Dr Roux, Sceaux
Prendre RDV à l’accueil du CSCB, tel 0141870610

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Après contact ou sur rendez-vous, lors des permanences au Centre Social et Culturel des Blagis à Sceaux (CSCB), ou à l’espace Dolto à Bourg la Reine, ADS peut apporter un soutien individuel dans les domaines suivants :

  • Accompagnement de projets professionnels.
  • Orientation professionnelle et recherche d’emploi.
  • Démarches administratives par courrier ou par internet.
     
Depuis Avril 2018, Permanence à l’Espace Dolto.
114 Avenue du Général Leclerc, Bourg-la-Reine
 
Tous les mardis matin et les premier, troisième, cinquième samedi de chaque mois.
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Depuis Octobre 2017, Permanence « Aide aux démarches et Ecrivain public » au Centre Social et Culturel des Blagis
2 rue du Dr Roux, Sceaux
Prenez rendez vous à l’accueil du CSCB, tel  014187061. 

 

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