Violence

Paroles de migrants, Bintou

Bintou

Avec un père Ouolof et une mère Peule, ou encore un père Sénégalais et une mère Guinéenne, Bintou, née en 1979, est confiée rapidement à sa grand-mère maternelle en Guinée. Cette dernière, alors que Bintou a tout juste 3 ans, prend l’initiative de la faire exciser.

Son père, non consulté ni prévenu, est naturellement furieux, récupère sa fille et Bintou peut alors faire des études au Sénégal, apprendre le français, et se marier sans aucune contrainte, à 26 ans, avec un cousin. Bintou bénéficie alors d’une certaine autonomie en gérant un petit commerce croisé entre le Sénégal et la France, faisant de nombreux aller et retour entre Paris et Dakar. Elle donne naissance à 3 enfants, deux garçons et une fille, et tout semble aller pour le mieux jusqu’au jour où la tradition la rattrape, le jour où sa belle-mère décide de faire exciser sa petite fille, 7 ans.

Bintou s’y oppose aussitôt. Son mari, lui, n’ose pas s’opposer à sa mère. Bintou se révolte alors, fait une demande de visa pour ses trois enfants et, évoquant des vacances, décide de fuir en France. Son mari achète même les billets d’avion tandis que la belle-mère, furieuse, « lui donne une autre femme ».

Bintou, avec ses 3 enfants, débarque donc à Paris en 2019, demande aussitôt l’asile et loge provisoirement chez un oncle de son père, puis chez des amis avant de connaître le lot commun des migrants, ballotée avec ses enfants entre foyers, centres d’accueil provisoires, refuges du 115 …

Ofpra, OFII, Cada, Cafda, Caritas, Emmaüs, CNDA, Huda, et bien d’autres acronymes n’ont plus de secrets pour elle, ni les différents lieux d’hébergement, entre le centre Cousteau Porte de la Villette, le Centre de la Bastille, l’entassement dans les tentes de Rosa Parks Porte d’Aubervilliers, les expulsions de la police …

Bintou et ses enfants sont finalement casés dans le Huda Bourg-la-Reine. Elle est logée dans une chambre d’un pavillon d’Antony partagé avec trois autres familles, puis, victime du Covid, atterrit enfin dans un petit appartement insalubre de Châtenay-Malabry.

En février 2021, sa demande de droit d’asile lui est refusée mais est accordée à sa fille, au motif de son risque d’excision en Guinée. Une bonne nouvelle quand même, Bintou a alors droit à un titre de séjour comme parent d’enfant mineur réfugiée … une bonne nouvelle qui devient pourtant une galère pour la famille : l’allocation de demandeur d’asile est suspendue, et Bintou est prévenue qu’elle devra quitter le HUDA réservé aux demandeurs d’asile.

Bintou n’obtiendra qu’un an plus tard son titre de séjour malgré l’appui du Défenseur des droits : un an à se débattre pour obtenir des rendez-vous avec la Préfecture et fournir les papiers demandés qui devaient être établis en Guinée. Entre temps, en septembre 2021, Bintou a obtenue enfin un récépissé qui lui permet de travailler : elle ne tarde pas à trouver quelques heures de travail chaque semaine comme aide à domicile, un premier pas vers l’intégration qu’elle saisit à la volée, et finit par obtenir 3 contrats en CDI chez des particuliers. Une aubaine, car, sans carte de séjour, aucune prestation sociale ne lui est accordée pour ses 3 enfants. Fin mars 2022, elle reçoit enfin son titre de séjour, mais la vie ne lui épargne aucun répit. S’en suivent des avis d’expulsion à répétition …

La route vers l’intégration est encore longue. Heureusement, la sortie du tunnel se précise début juin 2022, lorsqu’elle peut intégrer un logement Solibail pour une durée maximum deux ans, profitant enfin d’un peu de stabilité pour elle et ses enfants.

Juin 2022

 

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Paroles de migrants, Malia

Malia

En 2017, quand elle descend de l’avion l’amenant en France, Malia pense certainement que la vie va enfin lui sourire. Elle laisse derrière elle, au Mali, une jeunesse malmenée, piétinée, gâchée.

En 2005, elle a 16 ans et, sur ordre de ses oncles, sans qu’elle ait un mot à dire et sans que son père ou sa mère puisse s’y opposer, elle se retrouve, au village, mariée de force avec un homme de sa grande « famille », avec le rang de troisième épouse, c’est ce qu’on appelle un « mariage traditionnel ». La première épouse a déjà deux enfants plus âgés qu’elle et, le frère de son mari étant mort, sa veuve est devenue automatiquement deuxième épouse, c’est encore la tradition. La troisième épouse, Malia, devient alors tout aussi naturellement la souffre-douleur de la famille. En 2008, son mari lui fait un enfant, juste un an avant sa mort.

Devenue « veuve » à 20 ans, Malia retourne alors chez ses parents, avec son enfant. Dès son retour, pressions et violences reprennent, alors qu’une maladie encore non diagnostiquée l’affecte douloureusement. Son père veut la marier de nouveau, cette fois avec son frère ainé, âgé de 55 ans. Ses deux sœurs aînées et même sa plus jeune sœur ont déjà été mariées avec des hommes de sa famille paternelle mais Malia trouve la force de refuser, ne voulant pas revivre les souffrances de son premier mariage. Les relations avec son père s’enveniment rapidement, les violences deviennent quotidiennes. Sa mère, heureusement, la soutient discrètement et finit même par lui procurer de l’argent pour qu’elle puisse enfin partir en France, pour officiellement se faire soigner, mais aussi dans l’espoir de sortir enfin du cercle infernal de la tradition et des violences conjugales, le lot commun pour bon nombre des femmes maliennes.

Il lui faudra attendre 2017 pour que, invitée par des amis déjà installés en France, aidée financièrement par sa mère, elle puisse enfin prendre un avion pour la France. Elle voyage seule, laissant son enfant à la garde de ses parents. Malia ne sait ni lire ni écrire, parle à peine quelques mots de français et, ne voulant déranger personne, excessivement discrète, elle ne s’installe pas chez ses amis et se contente de regagner tous les soirs l’abri provisoire que lui indique le 115.

Après un rendez-vous à l’hôpital, sa maladie trouve enfin un nom : Hépatite B, une maladie qui ne peut être soignée qu’avec un médicament non accessible au Mali. Elle reste donc en France, et n’ose solliciter ni appui, ni conseil pour régulariser sa situation. Trop timide et pudique, Malia pense que le fait d’être soignée à l’hôpital et d’être prise en charge par la CMU suffit pour avoir le droit de rester en France. Elle se contente donc de renouveler chaque année son fragile titre de séjour mais ne pense pas avoir à faire d’autres démarches, ni même à se renseigner auprès de services sociaux, alors qu’une demande d’asile suite aux violences subies au Mali, suite à l’impossibilité de se soigner au Mali, lui aurait peut-être été accordée et même la possibilité de faire venir son enfant.

Malia arrive a trouver un logement plus pérenne dans un CHRS, réussit à trouver un travail d’insertion dans le domaine des espaces verts,  mais personne ne lui explique que le titre de séjour n’a qu’un temps et, fatalement, elle reçoit un jour l’avis de rejet de la demande de prorogation de son titre de séjour et le redouté OQTF, « l’Ordre de Quitter le Territoire Français », un document rédigé en termes plus ou moins juridiques volontairement agressifs, ordonnant un départ dans les trente jours, après confiscation immédiate du passeport et obligation de visite hebdomadaire à la préfecture pour vérification de l’avancement de ses démarches pour repartir. Généreusement, soufflant le chaud et le froid, l’administration propose quand même une aide pour faciliter cette simple expulsion, le règlement de ses frais de retours et même un petit pécule…

Quelles alternatives se présente alors ? l’OQTF évoque un départ « volontaire » dans un autre pays, à condition d’envoyer tous documents prouvant ce départ, ou encore, pour les plus aisés, le recours à un avocat pour entreprendre un périlleux duel avec l’administration, ou enfin, alternative choisie par beaucoup, reste la possibilité de simplement disparaître en restant en France ou dans un autre pays de l’espace Shengen, en changeant de nom, une clandestinité rarement couronnée de succès.

Pour Malia, c’est la déroute, l’incompréhension. Elle qui a toujours été honnête en France, « j’ai toujours payé mon ticket de métro dira-t-elle », elle ne comprend pas ce qui lui arrive. La perspective de retourner au pays lui est insupportable, retrouver son village où elle sait que les palabres des hommes vont tous les jours l’inciter à se remarier avec un des frères de son mari n’est pas envisageable. Elle tentera le recours en faisant appel à un avocat … une longue procédure pendant laquelle elle n’ose plus sortir, terrorisée.

Février 2022

 

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Semaine internationale de lutte contre les violences envers les femmes, 25 novembre 2021

ADS se mobilise pour en finir avec les violences  envers les femmes

Le groupe égalité femmes hommes d’ADS s’est de nouveau fortement impliqué  dans le cadre de la semaine de lutte contre les violences envers les femmes, objectif élargi cette année à toutes les violences sexistes et sexuelles: homophobie, transphobie, pédophilie, inceste….qui touchent un nombre considérable de personnes et plus particulièrement les femmes et les enfants.

Une présence a été assurée les samedi 13 et 20 novembre rue Roeckel à Bourg la Reine pour informer, sensibiliser, diffuser de la documentation et les numéros d’urgence à connaître. Nous avons eu de nombreux échanges notamment avec des professionnels de santé ou paramédicaux, des enseignants, des groupes de jeunes  qui sont repartis avec du matériel leur permettant de communiquer auprès de leur entourage ( plaquette réalisée par la mairie de Bourg la reine Plaquette BLR Lutte VFF, campagnes du centre ressource Hubertine Auclert Centre Hubertine Auclert | Centre francilien pour l’égalité femmes-hommes (centre-hubertine-auclert.fr)et des associations spécialisées. Nous avons également à cette occasion recueillis plusieurs témoignages de femmes victimes ou de citoyens touchés dans leur entourage par ce fléau.

Certaines d’entre nous ont également participé le samedi 20 novembre après midi à la grande manifestation organisée par le collectif « Nous toutes » qui avait lieu à Paris ( il y en avait dans toute la France) pour réclamer des moyens importants pour l’accompagnement des femmes,  lieux d’écoute et d’ hébergement si nécessaire, pour la formation des professionnels ( policiers, personnels de justice, professionnels de l’éducation et des centres sociaux..).

manifestation contre la violence envers les femmesLes violences envers les femmes et toutes les formes de violences sexistes et sexuelles ne sont pas inéluctables. L’exemple de l’Espagne qui a dégagé plus d’un milliard pour mettre en place des dispositifs spécifiques,  qui ont notamment permis de diminuer de façon significative le nombre de féminicide, le prouve.

Le groupe permanent égalité femmes-hommes de l’association ADS porte depuis sa création cet objectif en proposant toute l’année des actions de sensibilisation ou en participant à celles proposées par ses partenaires municipaux ou associatifs.

Une de nos adhérente,  nous a fait parvenir un poème qu’elle a réalisé cette année sur ce thème, nous le partageons avec vous:  Poème  sur les violences conjugales

Une artiste à l’honneur : journée internationale des droits des femmes : 8 mars 2021

H3llly une artiste contemporaine à découvrir 

Pour cette journée internationale des droits des femmes, nous mettons une artiste à l’honneur !

 H3llly partage ses émotions avec ses pinceaux et ses mots .. de loin, vous en avez plein les yeux avec ses peintures éclatantes de lumière, et quand vous vous approchez pour découvrir ses mots, c’est le frisson garanti.
H3llly nous offre des tableaux plein de vie certains si actuels  comme « En manque »…, elle partage aussi ses luttes  « Drame de dames« , « Libre« , « Breathe« , ..
Découvrez une oeuvre complète avec la voix de H3llly : https://youtu.be/I7ZaLc8G7rk  ou encore https://youtu.be/oLwTtFipv9o

Que dire de plus, vivez un moment de plaisir et d’émotion en allant voir l’exposition en cours au Crédit Mutuel de Bourg-la-Reine, elle vaut vraiment le détour, et au moins ce lieu est ouvert (du mardi au samedi, visites à deux personnes maximum à la fois).

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Libre
Parce que la colère
Ne laissera pas de goût amer…
Bavarde ou silencieuse
Elle s’affirme irrévérencieuse
Elle est amour, force et fierté Sans honte ni culpabilité
Avec des flammes, avec des fleurs,
Sa révolte se mène sans fadeur
Elle lève le poing ou pointe ses seins
Pour que l’impuissance ne soit plus au féminin

Les droits des femmes, un combat international au long cours, 8 mars 2021

Pour ADS, le 8 mars, c’est toute l’année

Le 8 mars, c’est la journée internationale pour les droits des femmes et à cette occasion de nombreuses actions sont organisées partout dans le monde . Mais le combat pour l’égalité femmes-hommes et les droits des femmes est mené toute l’année :

  • Pour que les femmes puissent disposer de leur corps en accédant librement à la contraception et en recourant si besoin à l’IVG ;
  • Pour que les femmes soient indépendantes économiquement et libres de conduire leur vie comme elles l’entendent ;
  • Pour qu’elles bénéficient effectivement des mêmes droits que les hommes ;
  • Pour mettre un terme aux violences à leur encontre.

S’il y a des avancées certaines, beaucoup reste à faire. C’est pourquoi ADS a retenu comme l’un de ses objectifs fondateurs ce combat pour l’égalité femmes-hommes. Un groupe permanent conçoit et organise des actions d’information, de sensibilisation et de promotion en ce sens.

Ce groupe est ouvert à tous, venez nous rejoindre.femmes hommes égalité

Parmi les actions en cours cette année :

  • La rédaction d’un document destiné à expliquer et mieux faire connaître les démarches a conduire pour les femmes victimes de violences ;
  • Un projet inter école menée par trois enseignantes avec leur classe pour sensibiliser leurs élèves à l’égalité filles garçons et à lutter contre les stéréotypes de genre ;
  • La préparation d’un évènement sur l’accès à la contraception et l’interruption volontaire de grossesse qui s’appuiera notamment sur une enquête réalisée par les étudiants de l’IUT de Sceaux ;
  • La perspective d’un évènement autour des BD réalisées par des auteures en partenariat avec la librairie « l’infinie comédie » de Bourg la Reine.

Et réjouissons-nous que beaucoup s’empare du sujet, nous vous signalons :

Et à Bourg-la-Reine, vous pourrez voir deux tableaux sur les violences faites aux femmes à Exposition peinture-poésie H3llly , 26 janvier – 5 mai 2021

Une fin d’année bouleversée mais active novembre-décembre 2020

ADS reconfiné mais bien actif !

Un mois de novembre qui aurait dû être riche en événements et qui nous aurait permis d’aller à votre rencontre. Mais le reconfinement en a décidé autrement. Pour autant nous ne sommes pas restés inactifs, et sommes restés aux côtés de nos partenaires pour l’aide à l’insertion et la réinsertion .. . pour les bénévoles, il fallait continuer de soutenir nos bénéficiaires en ces temps encore plus difficiles.

mains levées pour une assemblée généraleL’association a amélioré son usage des moyens numériques, un premier café-débat a été réalisé et nous nous préparons  activement à tenir notre assemblée générale le 5 décembre 2020 17h, comme prévu.

Zoomons en attendant  de nous revoir !

Reporté : l’événement en hommage à Gisèle Halimi, avec Annick Cojean pour la présentation de son livre « Une farouche liberté ».

 

Reporté : la conférence-débat sur la prévention des violences faites aux enfants, avec 3 intervenantes très intéressantes et une animation musicale. 

 

Mobilisation pour prévenir les violences envers les femmes, 21 novembre 2020

Mobilisons nous contre  les violences et restons vigilants!

La dernière semaine de novembre est désormais consacrée à la lutte contre les violences envers les femmes.

Cette année, ADS avait prévu, en partenariat avec la librairie « l’infinie comédie », la tenue d’une réunion publique au cours de laquelle Annick Cojean, journaliste au monde devait présenter son livre interview de Gisèle Halimi qui s’est battue toute sa vie pour les droits des femmes et les a défendu contre les violences dans des procès devenus emblématiques.

Les contraintes liées au contexte sanitaire nous ont conduites à reporter cet événement-hommage.

Pour autant, et tout particulièrement dans ce contexte de confinement où de nombreuses femmes sont plus que jamais exposées, il est important de se mobiliser pour prévenir les violences et pour accompagner les femmes qui pourraient en être victimes.

Pour rappel, dans notre pays:

  • 94 000 femmes sont victimes de viol ou tentative de viol chaque année (ONDRP, 2017)
  • 32% des femmes ont déjà subi du harcèlement sexuel au travail (Ifop, 2018)
  • 16% de la population a subi des violences sexuelles dans l’enfance (Harris Interactive, 2017)

Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas une fatalité. Elles peuvent cesser.

C’est pourquoi nous invitons tous ceux qui le souhaitent à s’associer aux actions proposées par l’un de nos partenaires, le collectif «Nous toutes» sous la forme d’une mobilisation en ligne durant la journée du 21 novembre.

Nous attirons tout particulièrement votre attention sur la possibilité de bénéficier de formations en ligne gratuites, ouvertes à toutes et tous sur simple inscription.

Couvre-feu et violences conjugales, octobre 2020

Le couvre-feu, ce n’est pas pour les victimes de violences conjugales

Nous savons que malheureusement durant le confinement il y a eu une recrudescence des violences conjugales.

Alors restons vigilants, et rappelons à tous que le couvre-feu ne doit pas empêcher de se protéger ou de réagir.

Les inégalités de genre au coeur de la crise du Covid-19 : avril 2020

Les femmes principales actrices mais aussi premières victimes

Les inégalités de genre sont au cœur de la pandémie du Covid-19, comme le montre un article de Messilia Saidj dans le magazine en ligne féministe 50-50, en s’appuyant sur une analyse de Malika Bennabi, psychologue clinicienne et maîtresse de conférences à l’Université de Picardie Jules Verne. La psychologue explique notamment les raisons qui ont conduit à une explosion des violences psychologiques et même physiques au sein des foyers pendant le confinement.

Espérons que cette crise permettra à tous d’ouvrir les yeux sur la nécessité de construire une société plus égalitaire.  C’est le sens des actions du groupe Egalité Femmes-Hommes de notre association.

Voir l’article de Messilia Saidj

Exposition Portraits de Femmes – Amnesty-International – Mars 2020

Courage des femmes défenseures des droits humains

Amnesty International section Val-de-Bièvre avait exposé 13 portraits de femmes militantes pour les Droits Humains lors de la conférence du 3 mars 2020 Les droits des femmes dans le Monde.  Cette exposition est un hommage rendu au courage de ces femmes, le plus souvent victimes avant de devenir des exemples de la lutte des femmes pour la reconnaissance de leurs droits.

Cette exposition s’est tenue du 10 mars au 12 juin 2020 dans la galerie des Colonnes, square Jean-Baptiste Colbert à Bourg-la-Reine. Pour que l’on n’oublie pas ces femmes, voici quelques mots sur chacune : (certains portraits proviennent de l’exposition BRAVE d’Amnesty et sont notés par un astérisque *).

ATENA DAEMI*

Iranienne, née en 1988, Atena Daemi milite très tôt sur les réseaux sociaux pour le respect des droits humains, et en particulier contre la peine de mort qui concerne chaque année des centaines de personnes en Iran. Arrêtée en 2014, condamnée à diverses peines dont 7 années de prison après un procès expéditif de quelque quinze minutes, Atena Daemi, toujours incarcérée, et après avoir engagé plusieurs grèves de la faim, continue ses appels pour un respect des droits humains, malgré les violences et mauvais traitements dont elle est victime.

YASAMAN  ARYANI

Iranienne, Yasaman Ariani, 24 ans, actrice, a enlevé publiquement son voile en plein centre de Téhéran, avant de distribuer des fleurs aux femmes à l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, le 8 mars 2019. Arrêtée, elle a été condamnée en août 2019 à 16 ans de prison, puis transférée dans l’une des prisons les plus sévères du régime, où, depuis octobre 2019, ni sa famille ni son avocat n’ont pu obtenir de ses nouvelles.

AURA LOLITA CHAVEZ

Guatémaltèque, membre du Conseil du peuple Maya-Quiché, Lolita milite pour l’autodétermination du peuple Quiché, la reconnaissance de la diversité des peuples et plus particulièrement  pour la reconnaissance des droits des femmes Quiché, un combat popularisé déjà en 1992 par la remise du prix Nobel de la paix  à Rigoberta Menchu. En 2017, Lolita est finaliste pour l’obtention du prix Sakharov pour la liberté de pensée. Décerné par le parlement européen dominé par les députés de droite, le prix sera finalement remis à « l’opposition démocratique du Venezuela ».

GERALDINE CHACON*

Vénézuélienne, née en 1993, directrice adjointe de la Fondation « Ambassadeurs Communautaires », une ONG venant en aide aux jeunes défavorisés, Géraldine Chacon a été arrêtée en février 2018 . Adoptée comme prisonnière d’opinion par Amnesty, elle a été placée en liberté conditionnelle en juin 2018, après une grève de la faim en compagnie de 18 autres codétenues pour dénoncer leurs conditions d’incarcération. Sans être formellement inculpée, la jeune avocate est sous le coup d’une interdiction de quitter le Venezuela.

MARIELLE FRANCO*

Brésilienne, née en 1979 à Rio de Janeiro, Marielle Franco, représentant une coalition du parti socialisme et liberté et du parti communiste, est élue conseillère municipale de sa ville natale en 2016.  Militante des droits humains, en particulier des droits LGBT, luttant contre la violence policière dans les favelas, Marielle Franco est assassinée en mars 2018 dans le centre de Rio. Fin 2019, après l’arrestation de deux anciens membres de la police militaire, le Président brésilien, Jaïr Bolsonaro, a été soupçonné d’avoir menacé le commissaire de police de Rio pour entraver l’enquête.

NOIRA CANDELO RIASCOS

Colombienne, Noira Candelo Riascos est  la  porte-parole de « Asomamiwata », une association des femmes entrepreneures afro-colombiennes, sur la côte Pacifique de la Colombie. Les accords de paix entre les FARC et le gouvernement colombien, aujourd’hui dominé par une droite dure, sont loin d’être appliqués.  La défense des droits humains, du droit des femmes et du respect du territoire des communautés afro-colombiennes, entraîne une violence quotidienne dont sont particulièrement victimes les femmes.

YECENIA ARMENTA GRACIANO

Mexicaine, âgée de 39 ans,  Yecenia Armenta est arrêtée en juillet 2012 sur la route de l’aéroport par des policiers en civils  qui la séquestrent, la torturent et  la violent pour lui faire avouer le meurtre de son mari. Ce n’est que lorsque ces policiers menacent de torturer également ses enfants qu’elle signe des aveux. Après plusieurs expertises et procès, Yecenia Armenta Graciano est enfin acquittée en 2016. Soutenue par Amnesty, elle va alors consacrer son énergie à dénoncer les actes de violence pratiqués en toute impunité par la police, redonnant espoir aux victimes toujours incarcérées.

VITALINA KOWAL

Ukrainienne, originaire d’Oujgorod, près de la frontière hongroise,  Vitalina Kowal est une homosexuelle qui s’assume, participant à la création d’un centre d’entraide pour la communauté LGBT de sa ville. Malgré d’importants progrès depuis la première marche des fiertés en 2013, les manifestations LGBT, mieux protégées par la police, sont encore fréquemment attaquées par des groupes d’extrême-droite qui, en 2018, ont blessé Vitalina en l’aspergeant de peinture. Cela n’a fait que renforcer son combat et lui a apporté des soutiens de toute l’Europe.

PAVITRI MANHJI*

Indienne, membre de la communauté autochtone Adivasi, dans le centre de l’Inde, Paviti Manhji a été élue cheffe de son village et se consacre à la lutte de sa communauté pour faire reconnaître leurs droits sur leur terre, alors que des projets d’installation de centrales électriques et autres entreprises ont entraîné menaces et intimidations de mercenaires pour déloger les habitants. L’activisme de Pavitri lui a permis de rallier plusieurs soutiens qui font aujourd’hui pression sur les autorités indiennes pour que soit reconnu le droit élémentaire à la terre pour sa communauté.

SOPHIE BEAU

Française, ancienne collaboratrice de Médecins sans frontières, spécialiste de la gestion de programmes humanitaires, Sophie Beau a créé le mouvement « SOS Méditerranée » avec Klaus Vogel, capitaine de la marine marchande allemande, pour venir en aide aux migrants après l’arrêt de la mission italienne « Mare nostrum ». Leur premier navire, l’Aquarius, va permettre le sauvetage d’environ 30000 personnes  avant d’être immobilisé pour des raisons juridiques. Sophie Beau, toujours déterminée, a réussi à relancer cette mission avec un second navire, l’Ocean Viking, qui a déjà permis le sauvetage de plusieurs milliers de personnes au large des côtes libyennes.

GULZAR DUISHENOVA*

Kirghise, Gulzar Duishenova est victime en 2002 d’un accident de la route qui lui fait perdre l’usage de ses jambes. Elle découvre alors le profond ostracisme dont sont victimes au Kirghizstan les handicapés, le plus souvent considérés comme des malades incurables. Dans cette petite république d’Asie centrale, où les femmes ne sont pas toujours reconnues comme des citoyennes à part entière, elle réussit pourtant à mobiliser des milliers de personnes pour la défense des droits des handicapés dans la vie sociale et économique, pour finalement obtenir en  2019 l’adoption par le parlement d’une loi facilitant la mobilité et l’intégration sociale des handicapés.

NAWAL BENAÏSSA*

Marocaine, mère de famille engagée bénévolement pour l’aide aux femmes victimes du cancer, Nawal Benaïssa, révoltée dans l’âme, est devenue spontanément porte-parole des rassemblements du mouvement de protestation Hirak al Chaabi pour obtenir plus de justice et de liberté dans le Rif marocain, après l’incarcération de son leader, Nasser Zefzafi. Harcelée à son tour, arrêtée plusieurs fois depuis 2017, Nawal Benaïssa a été condamnée à 10 mois de prison avec sursis et a dû fuir en Europe où elle a obtenu l’asile politique aux Pays-bas pour poursuivre son combat.

NONHLE MBUTHUMA*

Sud-Africaine, Nonhle Mbuthuma fait partie de la communauté Amadiba, installée depuis longtemps  dans la région de Pondoland.  En 2007, pour structurer la lutte contre un projet d’extraction minière d’une société australienne qui menace d’expulsion plus de 500 personnes, Nonhle Mbuthuma a cofondé le comité de crise Amadiba pour réunir la population de cinq villages menacés. Après l’assassinat du leader de ce mouvement, menacée de mort à son tour, elle est devenue porte-parole de cette lutte, ce qui l’oblige à vivre pratiquement clandestinement, protégée par des gardes armés.

MARIA

À l’âge de 13 ans, Maria (pseudonyme) a été forcée de se marier avec un homme de 70 ans qui avait déjà cinq épouses. Maria a marché pendant trois jours et parcouru près de 170 km pour trouver refuge dans un centre d’accueil pour jeunes filles. Elle a fini par rentrer chez elle. Après une intervention de la police, elle a été libérée de son « mariage » et vit à présent dans sa famille. Elle espère aller à l’école un jour. Au Burkina Faso, plus de la moitié des filles sont forcées de se marier bien trop jeunes. Certaines ont à peine 11 ans. Le pays figure au septième rang mondial pour le mariage des enfants : 52 % des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. C’est un scandale qui ne doit pas être oublié.

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