Discrimination

Discriminations, paroles de jeunes travailleurs

Et le droit à l’épanouissement ?

Une douzaine de résidents du Foyer des Jeunes Travailleurs de Bourg-la-Reine, autant de filles que de garçons, ont accepté l’invitation de l’ADS à venir débattre des droits de l’homme et des discriminations dans la perspective du forum des droits qui se tiendra en fin d’année. Ce débat a répondu à notre attente, plein de passion, de virulence et de spontanéité.

Loin des généreuses déclarations philosophiques ou morales qui ont présidé à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, reprises par la déclaration universelle des droits de l’homme signée en 1948 par tous les états membres de l’ONU, les jeunes résidents du Foyer des Jeunes Travailleurs,  plus pragmatiques, invités à citer les droits de l’homme essentiels, ont immédiatement dressé la liste de préoccupations plus contemporaines, les droits « sociaux et économiques » que sont le logement, le travail, l’éducation, la santé, la  justice ou la sécurité… L’application de ces droits est accompagnée, pour la plupart des jeunes présents, d’un soupçon de discrimination diffus. Pour ces jeunes, il ne s’agit pas seulement de garantir ces droits : avant même de les faire appliquer, il s’agit surtout de pouvoir y accéder et accéder aux soins, à la justice, à l’éducation, à la formation, au logement, et même à la sécurité n’est pas évident pour tous. En savoir plus…

Discriminations et racisme, Arthur

Entretien avec Arthur, 27 ans

Le racisme, c’est quelque chose de poisseux, qu’on croit parfois avoir chassé, mais qui revient toujours insidieusement, au détour d’une phrase, d’un regard.

Ce sont ces petites phrases, ces regards lourds qui ne méritent que des haussements d’épaule, surtout quand on pratique le basket-ball de haut niveau et qu’on domine d’une tête la plupart de ses contemporains. Ce sont ces regards, ces remarques assassines qui ont, depuis longtemps, empoisonné la vie d’Arthur.

Né à Clamart, adopté à l’âge de 3 mois, avec une enfance heureuse auprès de parents aimants et protecteurs, Arthur date la prise de conscience de sa différence vers l’âge de 10 ans, quand des amis lui caressent la tête d’un geste qui se voudrait sans doute affectueux mais qui blesse profondément, et pour toujours, le jeune enfant.

Eh oui, il a des cheveux différents, des cheveux crépus, et alors ? Est-ce que ça donne le droit de lui caresser la tête comme on le ferait d’un jeune chien ?  En savoir plus…

Paroles de migrants, Miya

Miya

Est-ce vraiment le racisme que Miya découvre à l’âge de 9 ans quand, née à Madagascar, elle déménage avec ses parents sur l’île de la Réunion et se souvient très bien de cette petite phrase que lui lance une fille de sa classe: « Retourne chez toi » !

L’auteure de cette phrase n’a pas vraiment une couleur de peau différente de Miya. L’île, pratiquement inhabitée jusqu’au 17e siècle, est aujourd’hui le plus authentique Melting pot de la planète. On y croise des dizaines de couleurs de peau différentes, des colons européens installés là depuis des siècles aux anciens esclaves venus d’Afrique, en passant par les commerçants asiatiques, les chinois, les indiens, sans oublier les militaires et touristes de passage.…Raciste bien sûr, la phrase envoyée à Miya est l’exemple type du racisme de « ceux qui sont nés quelque part » et qui décident une fois pour toutes que, nés à tel endroit, ils possèdent cet endroit et, sur l’île de la Réunion, ce sont le plus souvent les Malgaches, Comoriens et Mahorais nés à quelques encablures, qui en subissent les conséquences. Par exemple les malgaches sont appelés là-bas : « malgachine », un mot à connotation négative.

Cette peur de la différence, peur des gens qui viendraient « manger notre pain » n’a rien à voir avec les théories racistes fumeuses du XIXe siècle, c’est un racisme de pauvres gens et peut-être le pire de tous car il se loge durablement dans la tête de ses victimes.

Préparant aujourd’hui à Paris le concours de la magistrature, Miya ne peut pas dire qu’elle a été réellement victime du racisme, mais lâche quand même cette phrase glaçante :

« Aujourd’hui encore, quand je suis en présence d’un blanc, d’une blanche, et avant même qu’une parole soit prononcée, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il ou elle m’est supérieure, avec une meilleure instruction ».

Avril 2022

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